Analyse complète — Le Monde secret d'Arrietty

Contexte, mise en scène et postérité du premier long métrage de Yonebayashi.

Genèse et contexte de production

Sorti en juillet 2010, Le Monde secret d'Arrietty adapte The Borrowers (1952) de l'autrice britannique Mary Norton, un classique de la littérature jeunesse anglo-saxonne déjà porté à l'écran à plusieurs reprises en Angleterre et aux États-Unis, mais jamais par le Studio Ghibli. Hayao Miyazaki caresse le projet d'adaptation depuis les années 1990, bien avant qu'il ne voie enfin le jour, séduit par l'inventivité du roman sur la vie quotidienne d'un peuple miniature caché sous les maisons humaines.

Le scénario est coécrit par Miyazaki et Keiko Niwa, mais la réalisation est confiée à Hiromasa Yonebayashi, jusque-là animateur clé chez Ghibli (notamment sur Le Voyage de Chihiro, Le Château ambulant et Ponyo) — il s'agit de son tout premier film en tant que réalisateur, à trente-sept ans, le plus jeune à diriger un long métrage pour le studio à l'époque. Ce choix s'inscrit dans une stratégie de transmission voulue par Miyazaki et Suzuki, soucieux d'assurer une relève créative au sein du studio à mesure que son fondateur avance en âge.

L'action, transposée du Royaume-Uni du roman original à une banlieue verdoyante japonaise (inspirée de la ville de Koganei où se trouve le studio), conserve néanmoins une atmosphère résolument occidentale dans son architecture, son mobilier ancien et ses objets de collection — un choix esthétique assumé, hérité d'une maison de style anglais réellement visitée par les équipes pour leurs recherches graphiques, qui donne au film une identité à mi-chemin entre deux cultures.

La maison de Shawn vue depuis le sol, Arrietty

La maison de style anglais, décor principal du film, vue à hauteur d'Emprunteur.

Mise en scène et univers visuel

Le parti pris central du film est un jeu constant sur l'échelle : chaque objet du quotidien humain — une pince à linge, un morceau de sucre, une feuille de mouchoir, un simple escalier — devient un outil ou un obstacle démesuré pour les Emprunteurs de quinze centimètres de haut. Cette attention méticuleuse à la texture et à la taille des matériaux (bois, tissu, terre, mousse du jardin) confère au film une dimension presque tactile, renforcée par un sound design amplifiant chaque bruissement du quotidien humain vu depuis le sol — le tic-tac d'une horloge devenant un vacarme sourd, une goutte d'eau un événement retentissant.

Les scènes d'expédition nocturne d'Arrietty et de son père Pod, escaladant les murs à l'aide d'aiguilles à coudre en guise de piolets et de morceaux de ruban adhésif comme cordes d'escalade, comptent parmi les séquences les plus abouties visuellement du film, alliant tension quasi-alpiniste et minutie d'orfèvre dans le choix des objets détournés.

Cécile Corbel, chanteuse et harpiste bretonne alors peu connue au Japon, compose la musique du film à la place de Joe Hisaishi — un choix inhabituel pour un Ghibli, repéré par Toshio Suzuki qui découvre son travail sur internet. Sa musique acoustique, teintée de sonorités celtiques (harpe, cordes, voix), apporte une couleur pastorale et intime en accord avec l'atmosphère de conte européen du récit, à mille lieues des grandes envolées symphoniques habituelles du studio.

Réception et postérité

Le film devient le plus grand succès au box-office japonais de l'année 2010, devançant même des superproductions hollywoodiennes sur le marché intérieur, confirmant la capacité du studio à renouveler son public avec de nouveaux réalisateurs après Miyazaki et Isao Takahata. Il ouvre la voie à d'autres premiers films de jeunes réalisateurs Ghibli, dont Yonebayashi lui-même poursuivra la carrière avec Souvenirs de Marnie (2014) puis, après son départ du studio, la fondation de Studio Ponoc.

Salué pour la délicatesse de son atmosphère et son sens du détail miniature, il est parfois jugé plus mineur en ambition narrative que les grands classiques du studio signés Miyazaki ou Takahata — mais reste une porte d'entrée appréciée pour le jeune public occidental, y compris via ses adaptations en anglais (The Secret World of Arrietty, distribué par Disney puis StudioCanal selon les territoires) doublées par des voix reconnues du cinéma britannique et américain, dont Saoirse Ronan dans le rôle-titre de la version anglaise.

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